20.05.2008
COUP DE COEUR DE LAURENT F
et je vous invite sur
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21.04.2008
Recto II
Lundi matin, Hans-Joachim arrive à son bureau de bonne humeur, il a arrosé plusieurs bénitiers pendant le week-end et cela le réconforte chaudement. 'J'ai plus de cinquante piges et je peux honorer une dame plusieurs fois dans la nuit, quel bonheur, pourvu que ça dure encore longtemps !’ se dit-il en consultant son agenda pour la matinée. Ah, la sacro-sainte réunion du Saint Collège de Lecture.
Sa maison d’édition reçoit plus de mille manuscrits par mois, soit cinquante par jour ouvrable. Tous ne sont pas lus : à vrai dire, la majeure partie a droit à une lecture en diagonale, voire en parallaxe. La tâche ingrate du premier écrémage est répartie parmi les six vénérables membres du Saint Collège de Lecture : Linda Baumgartner (l'héritière spirituelle de Simone de Beauvoir), Anne-Laure de l’Anacoluthe (la turlute, comme l’a surnommée Igor par dérision), la belle Gwendoline de Laroche-Pauvert, Igor Chéliapine, le comique troupier du troisième cycle de l’enseignement supérieur, Marc-Urbain Lagroix et son Petit Lu (surnommé le douanier suisse par Igor, parce que sa rapière est en berne et qu’il a souvent laissé passer des talents inconnus qui ont fait les choux gras de la concurrence) et, pour compléter la ménagerie, Flavien Adoniram (qui n'est pas encore franc-maçon, malgré son nom prédestiné songe Hans-Joachim en souriant).
Ils entrent peu à peu dans le bureau du patron, Igor, toujours guilleret, Flavien, confiant, Marc-Urbain, l'air revêche, Gwendoline, en tailleur distingué de député gaulliste européenne, avec des chaussures à talons hauts et des bas, Anne-Laure, qui attend toujours que les quatre hommes de l’assemblée soient déjà installés pour faire son entrée. Elle rêve du jour où ils se lèveront, laisseront tomber leur pantalon en tremblant et lui jetteront des regards implorants. Ce jour n’est pas encore arrivé. Elle attend... Linda pointe son museau toujours la dernière, c'est elle qui donne la touche finale, l’imprimatur de Normale Sup. aux délibérations, pour qu'elles gardent une certaine tenue, une certaine rigueur, bref, pour veiller à ce que les débatteurs ne s’abandonnent jamais à des propos sexistes, homophobes, antisémites, racistes ou pire, méprisants à l’égard d’une classe ouvrière qu’elle connaît bien, surtout en photo.
Hans-Joachim a tout de suite repéré les jambes gainées de bas de Gwendoline. Il aimerait lui demander de s'asseoir sur son bureau, en face de lui, lui relever lentement la jupe de son tailleur, approcher sa bouche de sa poitrine et lui faire durcir les mûres à travers son chemiser blanc. ‘Bon, calmons-nous!’ se dit-il. La docte assemblée commence par échanger des banalités sur le week-end passé, personne n'écoute vraiment les autres, chacun préparant sa phrase et attendant un ralenti du rythme vocal de l'interlocuteur pour s’immiscer dans le vide momentané.
‘Mes amis,’ commence Hans-Joachim, ‘voyons si le week-end vous a porté conseil.’ Un silence ahurissant s’empare de la pièce, comme si un journaliste demandait lors d’une conférence de presse du Médef dans quelle mesure les principes chrétiens animaient le cheminement intellectuel d’un patron moyen. Hans-Joachim a réparti les deux cents manuscrits et des brouettes tout au long de la semaine précédente, ce qui fait entre trente-cinq et quarante par tête pensante.
Ces six grands lecteurs ne constituent que la pointe de l'iceberg, il est bien évident que chaque manuscrit comprenant entre 40 et 100.000 mots, à raison de trente-cinq bouquins au minimum par gus, on n’imagine pas qu’un simple mortel, même coulé dans le moule de nombreuses années de commentaire composé, puisse se coltiner entre 1,4 et 4 millions de mots. Alors ils font appel à toute une troupe d’étudiants, de profs en exercice ou à la retraite, parfois des lecteurs anonymes, copains recommandés par des journalistes, des anciens camarades de promo, des écrivains rejetés et peu rancuniers, soucieux de refouler la plupart des prétendants, jouissant à l’idée qu’ils remonteront fatalement à la surface, comme un noyé oublié.
La méthode mise au point par Hans-Joachim est pyramidale (et végétations, comme dirait Igor, qui sait toujours dérider l’assemblée, comme Pablo, pourrait-il encore ajouter) : chaque lecteur doit classer les manuscrits qui lui sont confiés en plusieurs catégories, entre 0 et 10, entre le bouquin à flanquer à la poubelle sans hésiter et le bouquin remportant son adhésion sans réserve. Dans la pratique, Solange, la secrétaire de Hans-Joachim, superbe blonde d’un mètre soixante-dix-huit au garrot, accusant un gentil 85E, ouvre les manuscrits. Elle les répartit en six tas, les date, les numérote et les envoie au fur et à mesure aux six membres du Saint Collège de Lecture, qui à leur tour envoient les vingt ou trente première pages de chaque prétendu chef d'oeuvre aux différents lecteurs indépendants. Ces derniers rédigent une fiche de lecture, avec une note entre 0 et 10. Pour plus de sécurité, surtout pour ne pas risquer de laisser passer la poule aux oeufs d'or et donc se faire virer comme une branque, ce qui est encore plus dur à avaler après une scolarité exemplaire à Condorcet, entrée à hypokhâgne sur dossier, un an de khâgne, avant une concurrence acharnée pour se préparer à l’agrégation, les six principaux lecteurs adressent à deux ou trois amateurs éclairés le même échantillon. L’aller-retour prend plusieurs semaines, quand ce n’est pas plusieurs mois. L'écrémage se fait naturellement, en faisant la moyenne des notes accordées. De cette manière, lorsque Marc-Urbain arrive trépignant à la réunion du lundi, il a eu le temps de compulser toute une liasse de fiches de lectures, pour ne lire que quelques dizaines de pages de quelques bouquins et faire profiter du fruit de ses cogitations.
La matinée se déroule sans surprises, Hans-Joachim a dressé une liste à descendre : il y intérêt à bousculer les nobles bretteurs pour ne pas arriver en retard à la brasserie pour le premier vieux malt de la journée. Il lance un regard au six éminents lecteurs, dont les délibérations vont sceller le destin de dizaines de leurs semblables, certains seront élus, pour d’ailleurs ne vendre qu’une centaine de bouquins, dont une grande majorité rachetés par le plumitif et qu’il enverra à des journalistes ou des Grands Prêtres de la télévision, espérant qu’ils en diront quelques mots affables à l’écran, d’autres seront rejetés, trouveront peut-être preneur chez un concurrent, d’autres enfin feront l’objet de débats animés, et comme au prix Goncourt, il faudra recommencer la procédure plusieurs fois pour rallier un semblant d’unanimité sur quelques noms, avec les ressentiments que l’on imagine.
Le premier bouquin s’appelle ‘Moi, Sylvie, une pétasse assoiffée mais bien laquée’ par Sylvie Mauguin. C’est son premier livre, elle a dix-neuf ans, elle est en khâgne et a su prendre le train des confessions à la Catherine Millet en marche, ce que les spécialistes appellent la chick-lit (en anglo-saxon, la littérature de filles) : marché florissant des jeunes femmes qui plaident en faveur d’ébats multiples et peu sélectifs avec l’ardeur d’un administrateur de fonds de pension américains à désinvestir de l’industrie française jugée trop avachie.
Gwendoline l’a trouvé tout à fait charmant. ‘Elle a su épanouir sa féminité’ lance-t-elle à la cantonade.
Igor est relativement indifférent. ‘Je m’en tape des séances de ramonage de cette affolée cancalienne’.
Marc-Urbain n’ose pas dire qu’il a aimé. ‘Elle va souvent trop loin dans la sécheresse de ses descriptions,’ éructe-t-il en cassant les syllabes.
Anne-Laure pique du nez, formule quelques commentaires acerbes sur le style. ‘Elle ne sert pas la cause des femmes, encore moins celle de la littérature. Elle aurait sa place chez Robert Fondecaniveau !’
Flavien lui emboîte le pas, aligne deux ou trois citations, sans le charme de Jean d’Ormesson, mais ça viendra. ‘Comme le disait Soren Hackenbusch, les joies de la chair ne prétendent au divin que dans le péché assumé…’
Igor esquisse un sourire, Hans-Joachim le regarde en se disant qu’il passera sûrement pour une brouette les premières années après son passage sous le bandeau et que les Frères s’agglutineront pour l’écouter lors des agapes. Anne-Laure le dévore des yeux et attend toujours une invitation pour sa dernière pièce de théâtre. Gwendoline le juge encore un peu vert du hautbois, mais il est en passe de devenir la maladie pulmonaire du Tout-Paris, investissement à suivre donc…
Linda se lance, comme malheureusement trop souvent, dans un plaidoyer comme quoi Sylvie ne parle qu’en son nom, qu’une femme n’a pas besoin de s’envoyer en l’air pour s’accomplir, que les hommes les utilisent comme des poupées gonflables sans les respecter, etc. Hans-Joachim baille, il promène son regard sur les formes avenantes de la belle Gwendoline. C’est la seule véritablement attirante des trois, même s’il y aurait une certaine perversion à tenter de faire jouir Linda. Il sourit, non, ce n’est pas gagné. Elle en veut tellement aux bonshommes qu’elle doit considérer les moments d'intimité comme une occasion de les humilier, eux qui lui préfèrent toujours les Gwendoline. ‘Quand va-t-elle fermer sa gueule, cette connasse!’ se dit-il.
‘C’est très bien, commence Hans-Joachim. Nous allons passer au vote.’ Pour sa part, le bouquin de Sylvie Mauguin n’apporte rien, des dizaines de jeunes femmes ont emboîté le pas à Bridget Jones, Emmanuelle, Erika Jong, Bianca May, Chloé Delaume, Christine Angot, Mélissa P., Lolita Pille, Géraldine Maillet, alors les incestes, les viols, les tournantes, les clubs d'échangisme pour désoeuvrés, la découverte de la sodomie répétée par les femmes, les rapports sado-masochistes, avec ou sans public, la surenchère à la scatologie, quand on ne dévie pas carrément dans l’apologie de la pédophilie, il en a sa claque Hans-Joachim. Il fait partie de la vieille école. Pour lui le plaisir charnel doit rester simple : une femme, éventuellement plusieurs, si possible avec des bas, des pompes à talon, des gros nénés, habillées en bourgeoises, de la tendresse, des caresses, surtout, quelques douces pénétrations, de la sensualité, un peu de grivoiserie, toujours beaucoup de joie, voilà. Qu’il est loin le temps où l’amour pépère était la norme, à croire que les gens, qu’ils soient jeunes ou non, s’immolent tellement dans notre temps qu’ils se sentent obligés de confondre recherche du plaisir et multiplication effrénée des expériences limites, comme si lassé du Havane il devait se contenter de rouler du gris.
Il se passe la main dans les cheveux, compte les mains levées. Cinq. Seule l'autre connasse de Linda n'a pas bougé. Bon, de toutes façons, Hans-Joachim se oint du bouquin de Sylvie Mauguin. C’est la mode, comme le rap, la techno, le loft, le football, la corrida. Les impératifs commerciaux fixant la ligne de réflexion dominante, la fameuse ligne éditoriale du Saint Collège de Lecture, il doit bien s'y plier. Oh, il lui arrive bien de caser, mine de rien, un bouquin qui lui réchauffe le cœur, mais c’est rare, il dirait deux ou trois par an, sur les cinquante titres retenus par le Saint Collège de Lecture.
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19.04.2008
JOUR J-12 : Recto I
L’Envers
et
l’Endroit
L’Envers et l’Endroit est un livre en deux parties :la première 'Au Nom des 7 Esprits' retrace le parcours du livre 'Le Cri du Kent' parmi les délibérations d'un Saint Collège de Lecture Parisien bling bling,
la seconde 'Le Cri du Kent', Saison I des Aventures du Prince de la Moule, permet de juger sur pièces.
Au Nom des 7 Esprits
Recto I
Il existe quatre sortes d’ange, les ophanim, les malakhim, les seraphim et les cherubim. Les ophanim viennent sur nous dans le monde de l’action, les malakhim dans le monde de la réflexion, les seraphim brûlent le grand livre dans lequel nos errances sont consignées et nous guident dans le monde des sensations, les cherubim enfin trônent dans un autre monde …
Selon la légende, l’un de ces anges perdit une plume, un être plus rêveur que les autres sans doute la ramassa … Il traça des caractères sur le premier support qu’il trouva, il s’en émerveilla et pensa qu’en s’exerçant, il pourrait découvrir la pièce manquante, la clef de voûte des Mystères Anciens. Avec les siècles, le chercheur artisan a dû se plier aux exigences de la société, il est devenu noircisseur de papier à échelle industrielle, quand il ne meurt pas de faim et de désespoir, alors les anges envoient toujours des messages, car l’Immortel Espoir Renforce la Vertu…
***
En ce début de XXIe siècle, les gens crèvent de solitude, comme rarement auparavant. Il y a bien Internet pour chasser l’âme sœur, mais se faire aimer, être écouté surtout, c’est autre chose, alors ils écrivent, sur eux, leurs voisins, les têtes de nœud qui les gouvernent. Ils préparent de grosses enveloppes qu’ils envoient à un nombre variable des quelque 1200 éditeurs français, même si une douzaine accapare 80 % du marché, mais ils espèrent que l’un d’eux se décidera à miser quelques kopeks sur leur enfant.
Le manuscrit arrive dans les locaux du grossiste de parchemin et c’est là que la franche poilade commence. En salle de tri, la plupart des manuscrits passent à la poubelle, parfois dans un garage et le postulant recevra une lettre touchant, le renvoyant dans les affres des rêves déçus. Parfois les pages du cœur solitaire seront transmises à un comité de lecture, sorte de Saint Collège de Beaux Esprits cooptés, dont le verdict est sans appel, un peu comme ça …
***
Hans-Joachim Nassfolze est directeur de publication d’une grande maison d’édition parisienne, absorbée tout naturellement par un groupe transnational aux activités caritatives les plus diverses, bâtiment, mines antipersonnel, cosmétiques, télévision… Chef du service éditorial, il décide, en théorie, avec ses deux voix, de ceux qui se retrouveront en tête de gondole, avec un fort tirage, amoureusement nourri de promotion sans retenue, de ceux dont le premier roman ne quittera guère les cartons d’emballage des libraires et de ceux enfin, l’immense majorité, 98 %, dont le talent ne passera jamais l’entrebâillement de la Porte de la Gloire.
La cinquantaine bien portée, l'oeil torve, les cheveux trop longs pour sa génération, grisonnants, un léger embonpoint, grand consommateur de founettes devant l’Eternel, Grand Inspecteur inquisiteur, soit 31e degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté de la Grand Loge de France, obédience dont les rapports avec leur homologue rosbif ne sont pas toujours au beau fixe, rédacteur en chef d’un grand journal parisien, animateur d’un magazine littéraire sur France Deux, écrivain à ses heures, surtout la nuit, après s’être vidé les flacons d’eau bénite dans l’une de ses nombreuses conquêtes, bref, il est sur tous les fronts, il avait pensé enregistrer un disque en duo avec Shakira ou tenter sa chance comme majorette à Jouy-en-Josas, mais la sagesse qui l'anime l'en dissuada.
Il a choisi lui-même six Etres Supérieurs dont les compétences littéraires rappellent la maestria d’un charcutier périgourdin dans l’interprétation à la harpe des œuvres de Jean-Sébastien Bach.
Anne-Laure de l’Anacoluthe, vingt-six ans, fraîche émoulue, comme pourrait le dire le Prince de la Moule, si elle n’était pas aussi débandante, de Normale Sup., agrégée de lettres classiques, avec un doctorat en préparation sur la stylistique de l’eau chez Maupassant, brune, les cheveux mi-longs, une poitrine attristée, une grande intellectuelle qui ignore les hommes avec morgue, pour se faire croire que sa solitude est un choix et non une punition divine.
Flavien Adoniram, lui aussi vient de Normale Sup., c’est un peu le dauphin spirituel d’Hans-Joachim, ses cheveux blonds ébouriffés forment une corolle explosive autour de son visage d’éphèbe tourangeau. Malgré son jeune âge, il enseigne dans des Grandes Ecoles et il lui arrive de venir donner doctement des avis sur la marche à suivre du monde. On lui doit par exemple cette belle formule sur l’attendrissement, que tout constipé chronique aura à cœur de méditer, à savoir la coupable incapacité d’aimer celle qui mériterait d’être aimée.
Gwendoline de Laroche-Pauvert, vingt-sept ans, elle n’a pas fait Normale Sup., elle est venue au monde secret de l'édition par la bande, certains diront par la langue, d’autres encore plus mal intentionnés, diront grâce à ses talents de bouche d’une douceur extrême, d’autres, dont la malveillance frôle l’irrévérence, s’aventureront même à supputer qu’elle se fait quotidiennement ramoner la cheminée médiévale par Hans-Joachim. Elle est plutôt bien gaulée, avec une jolie paire de pamplemousses, des guitares girondes, une allure naturellement sensuelle ... malgré des yeux un tantinet globuleux lorsqu'elle s'adresse à quelqu'un en martelant ses phrases.
Marc-Urbain Lagroix, une petite trentaine, des dents carnassières, un rire de hyène, une haine de ses concitoyens et des femmes en particulier qui s’explique sans doute par son indigente rapière, qu'il a par ailleurs bien du mal à exhiber à des dames non rémunérées, sans les menacer de révéler le passé collaborationniste de leurs grands-parents. Son rêve serait de prendre la place de Flavien Adoniram aux yeux de Hans-Joachim. Il aimerait que la belle Gwendoline se prosterne devant lui et l’avale avec prestance. Comme ses diverses tentatives l’ont malheureusement renvoyé dans les cordes, il s'adonne sans vergogne à son sport favori : couper la parole tous les trois mots. Tout le monde aimerait le voir virer, seulement voilà : son père est un actionnaire important de la maison d’édition. Son grand-père avait même remporté quelques prix littéraires, surtout dans le Cantal, et sa renommée avait même franchi les limites de l’Aveyron, ce qui ne manque pas de gonfler l’orgueil de Marc-Urbain.
Linda Baumgartner, en fait Lucette Chavignon dans le civil, mais pour une diplômée de Normale Sup. qui voudrait défendre la condition féminine et surtout devenir la nouvelle Gisèle Halimi, son nom de famille et encore plus son prénom manquent, trouve-t-elle, de panache. Elle est plutôt jolie, d’ailleurs Hans-Joachim l’a troussée une dizaine de fois sur son bureau, ce qui est un signe qui ne trompe pas. Pour elle, la littérature est un combat, contre les hommes d'abord, contre les femmes épanouies ensuite. Elle voudrait faire interdire : les films X à la télé sous prétexte que l’image de la femme véhiculée est dégradante, les magazines masculins pour les mêmes raisons, les propos sexistes dans les émissions de télévision, mais ce qui l’enivre le plus, ce qui humecte ses parties mytilicoles comme c’est pas permis, oui, on peut le dire, son grand chantier, son programme de vie, c'est l'abolition de la prostitution sous toutes ses formes. En effet, l'idée qu'un homme, auquel elle se refuse parce qu'il n'a pas encore assez salivé, puisse se consoler vite fait avec une professionnelle la dégoûte. Elle n’aime pas cette concurrence déloyale. Pour elle, il existe deux sortes de males, ceux qui donneraient leur vie pour un instant d’éternité dans ses bras, voire entre ses jambes, males qu’elle finit de toutes façons par mépriser, et ceux qui ne font même pas attention à ses poses de droidlommiste du Seizième, qu’elle méprise immédiatement.
Igor Chéliapine, c’est le rigolo de la bande, frôlant la quarantaine, du bon côté encore, le cheveu bouclé, le désespoir des salles de musculation et le bonheur des restaurateurs. Il anime une émission de radio dans laquelle il donne la parole aux auditeurs et un magazine littéraire sur une chaîne câblée. Lucette la cheffe de meute boutinienne (Linda pour les abonnés des bars nocturnes) le vomit copieusement.
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